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Chapitre 7

John Harris

Edmond About

Part 6 of 98 min6 words to learn

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Coltzida et ses partisans, surpris par la détonation, coururent en bloc à l’arsenal. Tambouris ne perd pas une minute : il enlève Hadgi-Stavros, descend l’escalier en deux enjambées, le dépose en lieu sûr, revient à moi, m’emporte et me jette aux pieds du Roi. Nos amis se dans la chambre, coupent les arbres, barricadent l’escalier et organisent la défense avant que Coltzida soit revenu de sa promenade et de sa surprise.

Nous nous comptons alors. Notre armée se composait du Roi, de ses deux domestiques, de Tambouris avec huit brigands, de Dimitri et de moi : en tout, quatorze hommes, dont trois hors de combat. Le cafedgi s’était empoisonné avec son maître, et il commençait à ressentir les premières atteintes du mal. Mais nous avions deux fusils par personne et des cartouches à discrétion, tandis que les ennemis ne possédaient d’armes et de munitions que ce qu’ils portaient sur eux. Ils avaient l’avantage du nombre et du terrain. Nous ne savions pas précisément combien ils comptaient d’hommes valides, mais il fallait s’attendre à vingt-cinq ou trente assaillants. Je n’ai plus besoin de vous décrire la place assiégée : vous la connaissez depuis longtemps. Croyez cependant que l’aspect des lieux avait bien changé depuis le jour où j’y déjeunai pour la première fois, sous l’œil du Corfiote, entre Mme Simons et Mary-Ann. Nos beaux arbres avaient les racines en l’air, et le rossignol était loin. Ce qu’il vous importe de savoir, c’est que nous étions défendus à droite et à gauche par des rochers inaccessibles, même à l’ennemi. Il nous attaquait d’en haut par le cabinet du Roi, et il nous surveillait au bas du ravin. D’un côté ses feux plongeaient sur nous ; de l’autre, nous plongions sur ses sentinelles, mais à si longue portée, que c’était jeter la poudre aux moineaux.

Si Coltzida et ses compagnons avaient eu la moindre notion de la guerre, c’était fait de nous. Il fallait enlever la barricade, entrer de vive force, nous contre un mur ou nous dans le ravin. Mais l’imbécile, qui avait plus de deux hommes contre un, s’avisa de ménager ses munitions et de placer en vingt maladroits qui ne savaient pas tirer. Les nôtres n’étaient pas beaucoup plus habiles. Cependant, mieux commandés et plus sages, ils cassèrent bel et bien cinq têtes avant la tombée de la nuit. Les combattants se connaissaient tous par leurs noms. Ils s’interpellaient de loin à la façon des héros d’Homère. L’un essayait de convertir l’autre en le couchant en joue, l’autre par une balle et par un raisonnement. Le combat n’était qu’une discussion armée où de temps en temps la poudre disait son mot.

Pour moi, étendu dans un coin à l’abri des balles, j’essayais de défaire mon fatal ouvrage et de rappeler à la vie le pauvre Roi des montagnes. Il souffrait cruellement ; il se plaignait d’une soif ardente et d’une vive douleur dans l’épigastre. Ses mains et ses pieds glacés se contractaient avec violence. Le pouls était rare, la respiration haletante. Son estomac semblait lutter contre un bourreau intérieur sans parvenir à l’expulser. Cependant son esprit n’avait rien perdu de sa vivacité et de sa présence ; son regard vif et pénétrant cherchait à l’horizon la rade de Salamine et la prison flottante de Photini.

Il me dit, en crispant sa main autour de la mienne : « Guérissez-moi, mon cher enfant ! Vous êtes docteur, vous devez me guérir. Je ne vous reproche pas ce que vous m’avez fait ; vous étiez dans votre droit ; vous aviez raison de me tuer, car je jure que, sans votre ami Harris, je ne vous aurais pas manqué ! N’y a-t-il rien pour éteindre le feu qui me brûle ? Je ne tiens pas à la vie, allez ; j’ai bien assez vécu ; mais, si je meurs, ils vous tueront, et ma pauvre Photini sera égorgée. Je souffre. Tâtez mes mains ; il me semble qu’elles ne sont déjà plus à moi. Mais croyez-vous que cet Américain ait le cœur d’exécuter ses menaces ? Qu’est-ce que vous me disiez tout à l’heure ? Photini l’aime ! La malheureuse ! Je l’avais élevée pour devenir la femme d’un roi. J’aimerais mieux la voir morte que… Non, j’en suis bien aise, après tout, qu’elle ait de l’amour pour ce jeune homme ; il aura pitié d’elle, peut-être. Qu’êtes-vous pour lui ? un ami, rien de plus : vous n’êtes même pas son compatriote. On a des amis tant qu’on veut ; on ne trouve pas deux femmes comme Photini. Moi, j’étranglerais bien tous mes amis si j’y trouvais mon compte ; mais jamais je ne tuerais une femme qui aurait de l’amour pour moi. Si du moins il savait combien elle est riche ! Les Américains sont des hommes positifs, au moins on le dit. Mais la pauvre innocente ne connaît pas sa fortune. J’aurais dû l’avertir. Maintenant, comment lui faire savoir qu’elle aura quatre millions de dot ? Nous sommes prisonniers d’un Coltzida ! Guérissez-moi donc, par tous les saints du paradis, que j’écrase cette ! »

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