Saltar al contenido

Chapitre 30

Chapitre 30

Émile Zola

Parte 1 de 48 min6 palabras para aprender

Toca cualquier palabra para ver su significado, guardarla o escuchar desde esa frase.

La première quinzaine de février s'écoula encore, un froid noir prolongeait le dur hiver, sans pitié des misérables. De nouveau, les autorités avaient battu les routes: le préfet de Lille, un procureur, un général. Et les gendarmes n'avaient pas suffi, de la troupe était venue occuper Montsou, tout un régiment, dont les hommes campaient de Beaugnies à Marchiennes. Des postes armés gardaient les puits, il y avait des soldats devant chaque machine. L'hôtel du directeur, les Chantiers de la Compagnie, jusqu'aux maisons de certains bourgeois, s'étaient hérissés de baïonnettes. On n'entendait plus, le long du pavé, que le passage lent des patrouilles. Sur le terri du Voreux, continuellement, une sentinelle restait plantée, comme une au-dessus de la plaine rase, dans le coup de vent glacé qui soufflait là-haut; et, toutes les deux heures, ainsi qu'en pays ennemi, retentissaient les cris de faction.

—Qui vive?… Avancez au mot de ralliement!

Le travail n'avait repris nulle part. Au contraire, la grève s'était aggravée: Crèvecoeur, Mirou, Madeleine arrêtaient l'extraction, comme le Voreux; Feutry-Cantel et la Victoire perdaient de leur monde chaque matin; à Saint-Thomas, jusque-là , des hommes manquaient. C'était maintenant une obstination muette, en face de ce de force, dont s'exaspérait l'orgueil des mineurs. Les corons semblaient déserts, au milieu des champs de betteraves. Pas un ouvrier ne bougeait, à peine en rencontrait-on un par hasard, isolé, le regard oblique, baissant la tête devant les pantalons rouges. Et, sous cette grande paix morne, dans cet entêtement passif, se butant contre les fusils, il y avait la douceur menteuse, l'obéissance forcée et patiente des fauves en cage, les yeux sur le dompteur, prêts à lui manger la nuque, s'il tournait le dos. La Compagnie, que cette mort du travail ruinait, parlait d'embaucher des mineurs du Borinage, à la frontière belge; mais elle n'osait point; de sorte que la bataille en restait là, entre les charbonniers qui s'enfermaient chez eux, et les fosses mortes, gardées par la troupe.

Dès le lendemain de la journée terrible, cette paix s'était produite, d'un coup, cachant une panique telle, qu'on faisait le plus de silence possible sur les dégâts et les atrocités. L'enquête ouverte établissait que Maigrat était mort de sa chute, et l'affreuse mutilation du cadavre demeurait vague, entourée déjà d'une légende. De son côté, la Compagnie n'avouait pas les dommages soufferts, pas plus que les Grégoire ne se souciaient de compromettre leur fille dans le scandale d'un procès, où elle devrait témoigner. Cependant, quelques arrestations avaient eu lieu, des comme toujours, imbéciles et ahuris, ne sachant rien. Par erreur, Pierron était allé, les menottes aux poignets, jusqu'à Marchiennes, ce dont les camarades riaient encore. Rasseneur, également, avait failli être emmené entre deux gendarmes. On se contentait, à la Direction, de dresser des listes de renvoi, on rendait les livrets en masse: Maheu avait reçu le sien, Levaque aussi, de même que trente-quatre de leurs camarades, au seul coron des Deux-Cent-Quarante. Et toute la sévérité retombait sur Étienne, disparu depuis le soir de la bagarre, et qu'on cherchait, sans pouvoir retrouver sa trace. Chaval, dans sa haine, l'avait dénoncé, en refusant de nommer les autres, supplié par Catherine qui voulait sauver ses parents. Les jours se passaient, on sentait que rien n'était fini, on attendait la fin, la poitrine oppressée d'un malaise.

A Montsou, dès lors, les bourgeois s'éveillèrent en sursaut chaque nuit, les oreilles bourdonnantes d'un imaginaire, les narines hantées d'une puanteur de poudre. Mais ce qui acheva de leur fêler le crâne, ce fut un prône de leur nouveau curé, l'abbé Ranvier, ce prêtre maigre aux yeux de braise rouge, qui succédait à l'abbé Joire. Comme on était loin de la discrétion souriante de celui-ci, de son unique soin d'homme gras et doux à vivre en paix avec tout le monde! Est-ce que l'abbé Ranvier ne s'était pas permis de prendre la défense des abominables brigands en train de déshonorer la région? Il trouvait des excuses aux scélératesses des grévistes, il attaquait violemment la bourgeoisie, sur laquelle il rejetait toutes les responsabilités. C'était la bourgeoisie qui, en dépossédant l'Église de ses libertés antiques pour en elle-même, avait fait de ce monde un lieu maudit d'injustice et de souffrance; c'était elle qui prolongeait les malentendus, qui poussait à une catastrophe effroyable, par son athéisme, par son refus d'en revenir aux croyances, aux traditions fraternelles des premiers chrétiens. Et il avait osé menacer les riches, il les avait avertis que, s'ils s'entêtaient davantage à ne pas écouter la voix de Dieu, sûrement Dieu se mettrait du côté des pauvres: il reprendrait leurs fortunes aux jouisseurs incrédules, il les distribuerait aux humbles de la terre, pour le triomphe de sa gloire. Les dévotes en tremblaient, le notaire déclarait qu'il y avait là du pire socialisme, tous voyaient le curé à la tête d'une bande, brandissant une croix, démolissant la société bourgeoise de 89, à grands coups.

M. Hennebeau, averti, se contenta de dire, avec un haussement d'épaules:

—S'il nous ennuie trop, l'évêque nous en débarrassera.

Palabras de esta parte

Blitz de lectura

¿Cuántas palabras se te quedaron?

Una ronda rápida con las 6 palabras de las partes que acabas de leer. Solo práctica, no cuenta para la clasificación.

Empezar el Blitz
SiguienteHoyVolver al plan de hoy