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Chapitre 28

Chapitre 28

Émile Zola

Parte 3 de 510 min6 palabras para aprender

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Mais, brusquement, il crut entendre Hippolyte remonter. Une honte l'arrêta. Il resta un instant encore, haletant, à s'essuyer le front, à calmer les bonds de son coeur. Debout devant une glace, il contemplait son visage, si , qu'il ne le reconnaissait pas. Puis, quand il l'eut regardé s'apaiser peu à peu, par un effort de volonté suprême, il descendit.

En bas, cinq messagers étaient debout, sans compter Dansaert. Tous lui apportaient des nouvelles d'une gravité croissante sur la marche des grévistes à travers les fosses; et le maître-porion lui conta longuement ce qui s'était passé à Mirou, sauvé par la belle conduite du père Quandieu. Il écoutait, hochait la tête; mais il n'entendait pas, son esprit était demeuré là-haut, dans la chambre. Enfin, il les congédia, il dit qu'il allait prendre des mesures. Lorsqu'il se retrouva seul, assis devant son bureau, il parut , la tête entre les mains, les yeux couverts. Son courrier était là, il se décida à y chercher la lettre attendue, la réponse de la Régie, dont les lignes dansèrent d'abord. Pourtant, il finit par comprendre que ces messieurs souhaitaient quelque bagarre: certes, ils ne lui commandaient pas d'empirer les choses; mais ils que des troubles hâteraient le dénouement de la grève, en provoquant une répression énergique. Dès lors, il n'hésita plus, il lança des dépêches de tous côtés, au préfet de Lille, au corps de troupe de Douai, à la gendarmerie de Marchiennes. C'était un soulagement, il n'avait qu'à s'enfermer, même il fit répandre la rumeur qu'il souffrait de la goutte. Et, tout l'après-midi, il se cacha au fond de son cabinet, ne recevant personne, se contentant de lire les dépêches et les lettres qui continuaient de pleuvoir. Il suivit ainsi de loin la bande, de Madeleine à Crèvecoeur, de Crèvecoeur à la Victoire, de la Victoire à Gaston-Marie. D'autre part, des renseignements lui arrivaient sur l'effarement des gendarmes et des dragons, égarés en route, tournant sans cesse le dos aux fosses attaquées. On pouvait s'égorger et tout détruire, il avait remis la tête entre ses mains, les doigts sur les yeux, et il s'abîmait dans le grand silence de la maison vide, où il ne surprenait, par moments, que le bruit des casseroles de la cuisinière, en plein coup de feu, pour son dîner du soir.

Le crépuscule assombrissait déjà la pièce, il était cinq heures, lorsqu'un vacarme fit sursauter M. Hennebeau, étourdi, inerte, les coudes toujours dans ses papiers. Il pensa que les deux misérables rentraient. Mais le tumulte augmentait, un cri éclata, terrible, à l'instant où il s'approchait de la fenêtre.

—Du pain! du pain! du pain!

C'étaient les grévistes qui envahissaient Montsou, pendant que les gendarmes, croyant à une attaque sur le Voreux, galopaient, le dos tourné, pour occuper cette fosse.

Justement, à deux kilomètres des premières maisons, un peu en dessous du carrefour, où se coupaient la grande route et le chemin de Vandame, madame Hennebeau et ces demoiselles venaient d'assister au défilé de la bande. La journée à Marchiennes s'était passée gaiement, un déjeuner aimable chez le directeur des Forges, puis une intéressante visite aux ateliers et à une verrerie du voisinage, pour occuper l'après-midi; et, comme on rentrait enfin, par ce déclin limpide d'un beau jour d'hiver, Cécile avait eu la fantaisie de boire une tasse de lait, en apercevant une petite ferme, qui bordait la route. Toutes alors étaient descendues de la calèche, Négrel avait galamment sauté de cheval; pendant que la paysanne, effarée de ce beau monde, se précipitait, parlait de mettre une nappe, avant de servir. Mais Lucie et Jeanne voulaient voir traire le lait, on était allé dans l'étable même avec les tasses, on en avait fait une partie champêtre, riant beaucoup de la où l'on enfonçait.

Madame Hennebeau, de son air de maternité complaisante, buvait du bout des lèvres, lorsqu'un bruit étrange, ronflant au-dehors, l'inquiéta.

—Qu'est-ce donc?

L'étable, bâtie au bord de la route, avait une large porte charretière, car elle servait en même temps de grenier à foin. Déjà, les jeunes filles, allongeant la tête, s'étonnaient de ce qu'elles distinguaient à gauche, un flot noir, une cohue qui débouchait en hurlant du chemin de Vandame.

—Diable! murmura Négrel, également sorti, est-ce que nos braillards finiraient par se fâcher?

—C'est peut-être encore les charbonniers, dit la paysanne. Voilà deux fois qu'ils passent. Paraît que ça ne va pas bien, ils sont les maîtres du pays.

Elle lâchait chaque mot avec prudence, elle en guettait l'effet sur les visages; et, quand elle remarqua l'effroi de tous, la profonde anxiété où la rencontre les jetait, elle se hâta de conclure:

—Oh! les gueux, oh! les gueux!

Négrel, voyant qu'il était trop tard pour remonter en voiture et gagner Montsou, donna l'ordre au cocher de rentrer vivement la calèche dans la cour de la ferme, où l'attelage resta caché derrière un hangar. Lui-même attacha sous ce hangar son cheval, dont un galopin avait tenu la bride. Lorsqu'il revint, il trouva sa tante et les jeunes filles éperdues, prêtes à suivre la paysanne, qui leur proposait de se réfugier chez elle. Mais il fut d'avis qu'on était là plus en sûreté, personne ne viendrait certainement les chercher dans ce foin. La porte charretière, pourtant, fermait très mal, et elle avait de telles fentes, qu'on apercevait la route entre ses bois .

—Allons, du courage! dit-il. Nous vendrons notre vie chèrement.

Cette plaisanterie augmenta la peur. Le bruit grandissait, on ne voyait rien encore, et sur la route vide un vent de tempête semblait souffler, pareil à ces brusques qui précèdent les grands orages.

—Non, non, je ne veux pas regarder, dit Cécile en allant se blottir dans le foin.

Madame Hennebeau, très pâle, prise d'une colère contre ces gens qui gâtaient un de ses plaisirs, se tenait en arrière, avec un regard oblique et répugné; tandis que Lucie et Jeanne, malgré leur tremblement, avaient mis un oeil à une fente, désireuses de ne rien perdre du spectacle.

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